mardi, 31 octobre 2006

"12/12/2012" de Jean-Claude Gayet

Voici les deux premiers chapitres de mon roman
Dès le 20 mars 2011,  ce livre sera en téléchargement gratuit sur l'autre site de l'auteur

http://jcgayet.hautetfort.com


Chapitre 1
Stresa- Lac Majeur – Italie
J’avais pris le premier téléphérique du matin pour rejoindre le mont Mottarone qui domine le lac Majeur, afin de profiter de l’admirable spectacle qu’offre ce point de vue et me préparer à une journée qui s’annonçait plutôt difficile.
À 1500 mètres d’altitude, dominant le lac Majeur, je contemplais le spectacle absolument magnifique des cinq lacs, plusieurs centaines de mètres plus bas. Les montagnes se reflétaient sur leur surface. C’était un instant magique !
L’impressionnant Lac Majeur, sur lequel j’avais navigué pour le plaisir tout le week-end, empruntant les lignes de Navigazione sul Lago Maggiore, les lacs de Varèse, d’Orta, de Monate et de Comabbio s’étendaient au pied de ces chaînes de montagne bleutées car elles étaient encore dans l’ombre. Elles séparent l’Italie de la Suisse, du col du Simplon à celui du Grand Saint-Bernard. Derrière moi, la Montagne rose offrait ses flancs enneigés à la lumière du soleil levant.
Un calme absolu m’envahissait. Tout était silence. Tout était repos. Tout semblait immuable.
Loin des tumultes du monde, loin des misérables conflits des hommes, de leurs ambitions mesquines et de leur insupportable folie ; le temps semblait s’être figé en ces lieux.
Oui, je me sentais hors du temps et mes pensées vagabondaient. Je pensais qu’en cas de catastrophes majeures, comme une nouvelle guerre mondiale, un conflit nucléaire, un choc des civilisations, selon l’expression malheureusement à la mode, c’était ici que je tenterais de me réfugier, s’il le fallait. Ici, tout sera pareil qu’aujourd’hui et même tout sera comme avant l’apparition de l’homme... et surtout comme après sa disparition… Je frissonnais à ces pensées ; ainsi, l’actualité me rattrapait malgré moi. En effet, j’étais à Stresa pour participer à la conférence de presse du Symposium tant médiatisé sur le thème « Environment and futur of hu-manity : last alert » (« dernière alerte ») organisé par l’Organisation des Nations Unies. Ce symposium faisait suite à un rapport d’experts qui faisait couler beaucoup d’encre, mais dont personne n’avait, semble-t-il, eu vraiment connaissance. L’objet de ce symposium était, précisément, de tout révéler sur ce sujet. Cinq experts, internationalement reconnus, étaient attendus pour expliquer, preuves à l’appui, pour quelles raisons le monde était en danger imminent. Je décidais de redescendre pour rejoindre le Centre de Conférence de Stresa, à deux pas du centre ville.
Pendant la descente, seul avec l’employé du téléphérique dans la cabine, nous commentions le magnifique spectacle qui s’offrait à nos yeux ; il m’aida à identifier les lacs et les communes, la ville de Milan à une cinquantaine de kilomètres, émergeant dans les brumes matinales, l’aéroport de Malpensa, ouvert depuis les années 2000, pour désengorger celui de Linate et situé précisément entre Milan et le lac Majeur, une dizaine de kilomètres à peine après la dernière commune du lac, Sesto Calende. Je décidais de prendre quelques photos numériques, malgré le soleil éblouissant. A ma première prise de vue, je crus distinguer une lueur, ce devait être probablement un reflet sur le plexiglas de la cabine, le soleil était en effet parfois aveuglant. Un bon logiciel de traitement d’images devrait me permettre de corriger ces défauts ultérieurement. Au fur et à mesure de la descente, la température augmentait et les Îles Borromées semblaient maintenant à portée de main. L’Isola Mayor avec son palais du Prince Borromeo et son célèbre jardin que j’avais plusieurs fois parcouru, s’offrait à notre vue comme si nous étions des oiseaux ; juste à côté, l’île des Pêcheurs ; le tout formait un véritable bijou dans son écrin ouvert. À l’arrivée du téléphérique, les premiers touristes attendaient leur tour pour effectuer la même montée vers Mottarone. Après avoir bu au comptoir un café ou plutôt une gorgée de café, serré à l’Italienne, je remontais la rue en direction du Centre de Conférence, comme de nombreux autres participants. Je branchais mon MCS (Mobile Communication System) greffé à mon oreille gauche. Depuis les années 2010, cette pratique s’était généralisée et chacun pouvait régler son MCS sur différents canaux.
Je sélectionnais un canal d’informations d’actualité. L’information tomba comme une bombe : le jet privé de la Fondation For Save Humanity qui transportait à Stresa les cinq conférenciers avait eu un incident. Selon la première version, il serait fortement retardé ; peu après, on ne parlait plus d’incident, mais d’accident. Il se serait bel et bien écrasé (deuxième version). Au fil des minutes, les versions variaient ; tantôt on parlait d’un attentat, immédiatement suivi d’un démenti, puis d’un accident inexplicable… La confusion la plus totale régnait.
J’appelais immédiatement le journal pour lequel je travaillais, qui me confirma que les agences de presse internationales venaient juste d’annoncer la mort des conférenciers et l’annulation de la conférence. En accord avec Steeve Burner, mon rédacteur en chef, je décidais de rester sur place pour tenter d’en savoir davantage. La lueur que j’avais vue depuis le téléphérique me revint en mémoire. Je me concentrais sur mes souvenirs. Qu’avais-je vu ? Une sorte de trait lumineux, un trait oblique ; c’était l’image qui s’imposa dans ma pensée. Je regardais immédiatement mes photos en petit format, mais ce n’était pas facile de voir un si petit détail. Je zoomais, mais la photo n’était pas suffisamment nette, j’avais dû bouger au cours de la prise de vue. Je voulais retrouver l’employé de ce matin et chercher avec lui à comprendre ou plus exactement à localiser ce que j’avais vu. Première action : remonter à Mottarone et retrouver l’employé. Il s’étonna de me voir à nouveau ; je lui expliquai la situation qu’il ignorait, car son MCS était branché sur un canal de divertissement et il ne connaissait donc pas la nouvelle. La cabine était pleine de touristes, dont les MCS étaient branchés sur des musiques variées ou des blogs sonores qui avaient remplacé les émissions de télé réalité de jadis ; nous pûmes aisément parler et identifier l’emplacement possible du trait de lumière aperçu en direction de l’aéroport de Linate. Il s’agissait probablement d’un missile sol-air, lancé d’un lance-missile portable, depuis un petit bouquet d’arbres que je localisais aisément avec le système Galileo de positionnement par satellite qui avait définitivement remplacé le vieux système américain GPS, tant ce dernier était imprécis.
Aujourd’hui, Galileo avait une précision de l’ordre du mètre, au point que les aveugles et les malvoyants l’utilisaient quotidiennement pour se déplacer en ville.
Immédiatement, je me connectais à Internet, en Wi-Brod, sur Google Earth pour rechercher les images satellites de cette zone en précisant les coordonnées x, y communiquées par Galileo. Jadis, Google Earth ne présentait que des images d’archives, mais depuis deux ans, les images étaient diffusées en temps réel ou pour être précis, en fonction du passage des satellites. La rotation de la terre se faisant en une heure trente, les images diffusées avaient donc au maximum 90 minutes de retard, mais avec un peu de chance, je pourrai peut-être avoir une photo juste avant ou juste après l’accident ou plutôt l’attentat. Les images de la zone s’affichèrent, je zoomais au maximum, mais malheureusement les images avaient déjà été floutées. La CIA avait en effet réussi à imposer à Google un contrôle permettant le floutage « pour des raisons de sécurité nationale et de défense du territoire ». De retour au bas du téléphérique, la situation semblait avoir basculé ; des véhicules militaires, de gendarmerie, de police et d’autres, non identifiés, informaient la population que tout déplacement au sud de Stresa était provisoirement interdits pour faciliter l’enquête suite à un accident d’avion et que la ville de Stresa était provisoirement sous contrôle de l’armée. Les touristes étaient invités à rester sur place, en attendant de nouvelles instructions et les habitants devaient regagner leur domicile. Ceci n’allait pas faciliter ma vie, pour deux raisons : professionnelles (impossible de m’approcher pour le moment du lieu de l’attentat) et personnelles. En effet, j’avais pris pension dans une auberge à Angera, de l’autre côté du lac, à l’Albergo Agnello, ayant eu jadis l’occasion de me rendre dans cette auberge lors d’une « cousinade ». Je décidais de jouer cette carte familiale, mais, discrètement. Première règle, ne pas attirer l’attention ; mais comment quitter la ville ? Très vite, je décidais de prendre pour la troisième fois de la journée le téléphérique et, arrivé à Mottarone, je savais qu’en continuant la route, sur une centaine de mètres, on pouvait rejoindre, après l’église, une auberge de montagne d’où partait un sentier piétonnier vers Baveno ; 3h 30 de marche tout de même indiquait le panneau, (sur un sentier en pente descendante, heureusement) pour atteindre cette station au bord du lac, à quelques kilomètres au nord-ouest de Stresa. C‘était une solution inespérée pour éviter le bouclage de la ville de Stresa, car de toute évidence les grands axes et le port allaient être sous contrôle, alors que les sentiers dans la forêt… J’arrivai à Baveno, vers 15 heures. En me dirigeant vers l’embarcadère, je vis qu’un bateau était sur le point de partir vers Istra, de l’autre côté de la rive, puis vers Angera.
Ayant un titre de circulation hebdomadaire et connaissant les lignes par coeur, je franchissais la passerelle du bateau, in extremis, avant le départ, un peu fier d’avoir réussi à quitter la ville, malgré les instructions et le bouclage quasi militaire !
Ceci étant, j’avais eu raison de faire vite, car les contrôles allaient, sans aucun doute, être beaucoup plus sérieux.

 

Chapitre 2
San Francisco, CA, Etats-Unis
La première conférence de rédaction générale venait de s’achever au « New Frisco Post ». Sept grands re-porters étaient invités à déjeuner par le rédacteur en chef, Steeve Burner, pour définir les missions plus confidentielles. Ils quittèrent ensemble les bureaux du journal situé dans Fisherman’s Wharf, l’ancien port de pêche de la baie de San Francisco, au niveau de l’île de la légendaire prison d’Alcatraz, pour se rendre au « Crab House », un des restaurants les plus connus du port. Un petit salon à l’écart avait été retenu. Sans demander l’avis de personne, Steeve commanda le menu traditionnel pour tous : soupe aux praires, servie dans un petit pain rond évidé de chez Boudin, le plus célèbre boulanger de la ville, et crabe grillé, sauce à l’ail, la spécialité locale ! Il prit ensuite la parole. - Tout le monde est au courant des événements de Stresa ? Je compte sur votre imagination. Qui a une idée sur ce qui se passe là-bas ? Vous pouvez dire n’importe quoi dans ce brain storming, car tout est possible. Après quelques secondes de flottement, les journalistes commencèrent à échanger quelques mots entre eux à voix basse.
- À haute et intelligible voix, s’il vous plait, pour que tout le monde en profite, lança Steeve ; aucune idée n’est stupide et toutes les hypothèses sont bonnes à examiner.
- Commençons par le commencement, s’aventura Gallagher, grand reporter, qui pouvait difficilement masquer son origine irlandaise : si on avait voulu faire taire -et c’est le moins qu’on puisse dire- cinq scientifiques, c’est que leurs révélations présentaient un réel danger. Avant de savoir pourquoi et comment, il nous faut découvrir la nature de ce danger.
- Cette approche semble logique, mais on peut dire exactement le contraire reprit son voisin, sur-nommé le renard par ses collègues.
- Que veux-tu dire, demanda une voix ?
- Supposons que ce soit la révélation d’une information qui « déclenche » le danger principal, que ce soit cette révélation qui génère le désordre et non qui l’explique, il faut se demander quelle information on cherche à taire..
- Si je te suis bien, reprit Gallagher… (il hésita, puis poursuivit) je vais faire une hypothèse : supposons que l’humanité soit condamnée, à brève échéance pour une raison ou pour une autre et je vous rappelle que le titre du symposium était « Last Alert, dernière alerte », et que si des scientifiques en apportaient la preuve, le monde deviendrait absolument incontrôlable. Il est évident que notre monde basculerait immédiatement dans la violence et la sauvagerie la plus grande ! Plus personne n’aurait de raison de respecter des règles quelles qu’elles soient.
- À quel type de catastrophe penses-tu ?
- Écologique évidemment ! Le dérèglement météorologique s’accélère à une vitesse folle et les phénomènes climatiques sont de plus en plus violents. Depuis la conférence de Rio qui a mis l’accent sur l’effet de serre, la situation du monde ne cesse de se dégrader. Le prochain typhon qui va dévaster la Louisiane à nouveau va, pour la première fois, probablement avoir une force supérieure à 300 km/h et de plus, c’est le vingt-deuxième de la saison ; du jamais vu !
- Exact, reprit un autre journaliste, en reposant son verre, et la disparition du Gulf Stream en 2008 et 2009 et ses conséquences dramatiques sur l’Europe du Nord sont connues. Depuis la canicule et la sécheresse frappent toute l’Europe et même le bassin méditerranéen.
- C’est sûr, le monde va payer ces erreurs ou, pour être plus précis, nous allons tous payer les erreurs des générations précédentes.
- C’est une excellente piste, reprit Steeve ; Gallagher tu feras équipe avec le renard. Quelqu’un veut-il se joindre à eux ?
- Moi, dit Antonieta, journaliste d’origine italienne, et comme vous savez mon cousin, correspondant en Europe, est sur place à Stresa. Aux dernières nouvelles, Bernard a réussi à quitter la ville malgré le blackout des militaires.
- En effet, reprit Steeve, tout le monde n’est pas au courant des dernières infos : Bernard a réussi à nous faire parvenir par mail, avec son MCS, une photo du jardin des îles Borromées.
- Charmante attention, lança une voix ironique, mais est-ce bien l’heure des cartes postales ?
- Attendez, je n’ai pas fini, Bernard est un fondu de stéganographie.
- C’est quoi déjà ? On peut comprendre ?
- Il a caché, j’en suis sûr, dans cette image sans intérêt dans le cadre de nos échanges habituels, un message écrit codé, en modifiant certains pixels de la photo ; c’est cela la stéganographie. L’équipe de Yu Jing, au service informatique est au travail. Ce sont les meilleurs et ils vont trouver le message rapidement. Mais comment sais-tu Antonieta que Bernard a réussi à quitter Stresa ?
- Justement, j’ai vu Yu Jing avant de quitter le journal et il a juste eu le temps de me dire ça. Son rapport devrait être prêt vers 13 h..
- Écoutez mes amis, il est presque 13 heures. Je vous propose de faire une pause, quelques minutes, le temps de passer un coup de fil à Yu Jing.
Le brouhaha des conversations fut immédiat, mais ne dura pas, car Steeve redemanda rapidement la parole pour déclarer que l’information d’Antonieta était juste, que le message contenait d’autres infos, dont la proba-bilité d’un tir de roquette et que la rapidité de la réaction des militaires étaient plus que suspecte, voire même totalement incompréhensible.
- Plus que suspecte, dis-tu ? Les militaires italiens sont donc dans le coup, lança une journaliste ?
- Probablement, selon ces infos et j’ajouterai les militaires italiens, américains et peut-être d’autres, compte-tenu des conseils amicaux de discrétion que la CIA vient de me faire parvenir, pour que nous ne nous occupions pas de cette affaire !
Il n’y avait rien de tel, pour exciter un groupe de journalistes, qu’une phrase comme celle-là. Steeve le savait parfaitement et c’est sciemment qu’il l’avait prononcée, sûr de l’effet escompté.
- Cette équipe portera le nom de code « Rio ». Mais vous avez, peut-être, d’autres hypothèses ?
- En effet je suis personnellement sur une tout autre piste : celle d’une météorite qui va faire exploser la terre !
Wilhem, l’homme qui venait de parler, âgé d’une cinquantaine d’années, était en effet un passionné de l’espace, tout le monde le savait. La pipe à la bouche – fumer dans un lieu public était strictement interdit- il se contentait de petites succions d’air chargé du goût de tabac froid !
- Tu veux parler de la météorite MN4 qui doit frôler la terre en 2029 ? Mais j’ai toujours lu qu’elle devait passer à 30 000 kilomètres de la terre !
- En effet, reprit Wilhelm, son nom officiel est 2004 MN4, car elle a été découverte en 2004. Quant à la date de 2029, c’est ce qui a toujours été écrit jusqu’à ce jour, mais on a découvert de-puis que 2004 MN4 était animée de tant de mouvements complexes, qu’en fait, on ne pourra connaître avec une relative précision sa trajectoire que deux mois avant son arrivée… Arrivée qui n’est pas prévue en 2029, mais fin 2012 ! En effet, elle croise notre orbite deux fois par an et cela pourrait se passer d’ici très peu de temps, car nous sommes en 2012 !
- Je me souviens, reprit Steeve qu’en 2005, la NASA avait réussi à dévier la trajectoire d’une météorite, appelée Casiopée je crois, en bombar-dant sa surface.
- Excellent souvenir, dit Wilhelm calmement, dévier une météorite d’une seconde d’arc entraîne une différence de plusieurs dizaines ou centaines de milliers de kilomètres à l’arrivée… À condition d’avoir le temps ! Deux mois avant l’impact, ce sera trop tard pour la dévier. On pourra juste calculer avec précision le lieu de l’impact. Aujourd’hui, on peut seulement dire, ce qui est pure logique, que, si elle touche notre planète, il y a quatre chance sur cinq, qu’elle tombe dans la mer… Avec son cortège de raz-de-marée et de tsunamis !
- Et si elle touche un des cinq continents, demanda une voix ?
- Il n’en restera plus que quatre, répondit avec flegme Wilhelm. La météorite mesure environ 390 mètres de diamètre, ce qui paraît peu pour un profane. En réalité, l’énergie dégagée serait considérable, environ 1600 mégatonnes d’équivalent TNT. Pour fixer les esprits, c’est en gros plus de 120 000 « Hiroshima » dont la bombe ne faisait que 13 Kilotonnes… j’ai bien dit « kilo » !
- Deuxième équipe ; qui veut rejoindre la piste de Wilhelm ? Des scientifiques, de préférence. Deux journalistes levèrent la main.
- Nous, on est partant pour travailler dans cette direction.
- Nom de code « Casiopée ». Adopté à l’unanimité ? Adopté ! Bien, on déjà deux hypothèses : la catastrophe écologique d’origine humaine avec l’équipe « Rio » et une catastrophe naturelle cette fois avec l’équipe « Casiopée ». Il existe peut-être d’autres hypothèses. Est-ce que quelqu’un a une autre idée ?
- Peut-être. Tout le monde connaît ma passion pour la philosophie orientale, dit une femme, et c’est peut-être une troisième possibilité.
C’était Shakuntala, journaliste américaine d’origine indienne, la quarantaine, qui s’était levée pour parler.
- Il se passe quelque chose d’anormal dans les communautés intellectuelles liées au bouddhisme. Les bruits les plus fous circulent. Deux écoles s’affrontent, non pas sur le fond qui reste encore mystérieux pour tous, mais pour revendiquer l’antériorité de la découverte : l’une à Lhassa, l’autre à Bodh Gaya.
- Lhassa au Tibet, tout le monde connaît, mais Bodh Gaya ?
- C’est le lieu théorique de la naissance de Bouddha en Inde, dans l’Etat du Bihâr, précisa Shakuntala.
- Quel type de découverte, demanda Steeve ?
- Impensable, dit-elle dans un souffle.
Le silence était total autour de la table. Tous étaient suspendus à la voix de Shakuntala.
- Voilà, reprit-elle, mal à l’aise, pour faire simple… Pour faire simple… Disons que… Disons que…La vie n’existe pas… Que tout n’est que rêves, fantaisies de l’esprit, hallucinations collectives.
Devant le regard interrogatif de ses confrères, Shakuntala poursuivit :
- Vous avez tous rêvé… Vous avez tous rêvé que vous rêviez et vous avez tous cru être revenu d’un rêve dans la réalité, alors que vous rêviez encore. Imaginez un échelon supplémentaire : ce que nous croyons être la réalité, aujourd’hui, ne serait qu’un rêve .
- Tu es en train de nous expliquer que le réel n’est pas réel… je ne comprends pas, dit son vis-à-vis.
- Nous appelons réalité, reprit Shakuntala, ce que nous vivons, mais cela par convention uniquement. C’est peut-être une autre sorte de rêve. On peut également imaginer que ce « réel », ne serait qu’un jeu.
- Quelle sorte de jeux demanda sa voisine ?
- Par exemple, un jeu d’êtres supérieurs, un super jeu de go, un impensable jeu d’échecs, dont nous ne serions que des pions… Avec toutes les conséquences que cela a : la vie, la mort, la misère, la joie, la souffrance… Rien n’est vrai, rien n’existe !.
- Et évidemment, comme pour la première hypothèse, si cela est prouvé, le monde devient absolument in-contrôlable, s’exclama Steeve. Si rien n’est vrai au sens strict du terme, tout est permis !
- Effectivement ! J’ai une autre information de taille, mais elle est à prendre au conditionnel, poursuivit Shakuntala : les treize crânes de cristal pourraient êtres réunis !
- C’est quoi cette histoire ?
- Une vieille légende Maya… enfin… c’est peut-être plus qu’une légende. Depuis le XIVème siècle, des crânes, en cristal de quartz pur, circulent ; des vrais, des faux… Leur réunion est attendue avec impatience. ; Les treize crânes doivent êtres réunis en un même lieu.
- Pourquoi ?
- Ensemble, toujours selon la légende, leurs mémoires qui seraient de véritables mémoires d’informations stockées de façon holographiques, doivent « parler »… Du passé, de l’avenir de notre humanité…
- Je rêve déjà, ne put retenir Steeve. Commente un peu plus : s’il te plaît.
- OK je vais vous lire des extraits d’un texte trouvé sur le net hier :
- « Au commencement, il existait 13 mondes, où une vie humaine était présente. La Terre, la plus récente, était appelée « la planète des enfants ». Les douze autres mondes ont rassemblé leurs connaissances dans une sorte d’ordinateur holographique, les crânes de cristal. Ces « Anciens » ont apporté ces crânes sur Terre et ont fait don de la connaissance aux hommes. Je passe sur les détails, reprit Shakuntala de l’aide qu’ils sont censés avoir apportée à différentes civilisations : Lémurie, Mu, Mieyhun et Atlantide. Les 13 crânes étaient conservés dans une pyramide appelée « l’Arche ». Les dernières civilisations furent les Mayas puis les Aztèques.
- Que s’est-il passé ensuite, demandât Wilhelm ?
- Face au mauvais comportement des colonisateurs européens, Espagnols et Portugais, les Aztèques décidèrent de disperser les crânes pour qu’ils ne tombent pas entre leurs mains, toujours selon la légende. Le texte dont je vous parle se termine ainsi : Si l’homme continue à prendre à la Terre sans rien lui rendre en échange, le quatrième monde ou cinquième soleil du calendrier Maya sera le dernier.
- Avec ça, on est bien avancé !
- Détrompez-vous, le calendrier Maya est extrêmement précis et il étonne encore les scientifiques aujourd’hui pour une civilisation qui n’était pas par ailleurs très avancée dans les autres domaines ; ce qui encore un autre mystère. Pour être précis, cela correspond au 12 décembre de notre calendrier actuel.
- Last Alert, je vous rappelle, lança une voix !
- Invraisemblable, mais au point où nous en sommes…Troisième équipe, nom de code : « Calderon ».
- Bien vu Steeve ! Pedro Calderon de la Barca, auteur de « La vie est un songe », un des premiers écrivains à avoir imaginé que la vie n’existait pas réellement, mais moi je pense fortement à Alfred E. Van Vogt qui décrit exactement le propos de Shakuntala dans « Le Monde du à » et « Les joueurs du à ». Je prononce « non A » le A barre car c’est une formule de logique mathématique. C’est important d’expliquer. « A » est une proposition quelconque ; si « A » est faux, alors « non A » est obligatoirement vrai. Pour reprendre ce que disait Shakuntala, si la réalité n’existe pas, la non-réalité existe forcément !
- Déjà gamin, je n’aimais pas les maths, reprit Steeve et je crois que ça ne s’arrange pas avec l’âge, mais « Calderon », c’est plus facile à prononcer et à mémoriser, on le retient pour le nom de cette mission, si tu veux bien. Pas d’autres objections ?
Quelques secondes plus tard, il frappait le bureau avec sa fourchette comme un commissaire-priseur.
- Pour préciser notre plan d’action, je vous invite chez moi dit Shakuntala. Je vous montrerai tous les éléments déjà à ma disposition.
- Rappelle-moi où tu habites demanda, son voisin.
- Market street, c’est à une demie heure d’ici, mais comme chaque jour, le brouillard laisse la place au soleil vers midi, le temps est agréable maintenant, je suggère que nous prenions le Cable Car, on descendra au terminus, j’habite à deux pas de là.
- Nous, l’équipe Casiopée, on va avec vous, dit Wilhem, j’adore ce tire-fesse.
- Pourquoi appelle-tu cela le tire-fesse, demanda Antonieta ?
- La cabine de Cable Car s’accroche à un câble qui courre en permanence sous la chaussée, comme à la montagne on s’accroche à un câble aérien, mais c’est le même principe. Par contre, on descendra avant, en haut de la rue Lombard. J’habite dans les lacets de la partie la plus inclinée de la rue. Et toi Gallagher, je ne sais pas où tu demeures.
- J’ai mon appartement juste en face du Boom Boom Room, la boîte de jazz de la rue Fillmore Un peu bruyant la nuit, mais moi, je préfère qu’on se réunisse au Dirty Martini Bar, c’est à deux pas d’ici, à 150 mètres à peine de l’embarcadère où nous sommes..
- Bonne chance à tous, conclut Steeve, et que Dieu bénisse les trois équipes… excusez-moi, je dis cela par habitude… parce que Dieu… dans cette histoire…
Steeve n’acheva pas son idée, mais poursuivit :
- Que les trois responsables viennent me rejoindre dans ma résidence secondaire à Carmel-on-the-sea ce week-end. On fera le point.


(La suite, dans le livre)

Table des matières
Stresa- Lac Majeur – Italie 5
San Francisco, CA, Etats-Unis 13
Pause 1 27
Carmel-on-the-Sea, CA, Etats-Unis 31
Angera, lac Majeur Italie 41
Darmstadt, Hesse, Allemagne 46
Pause 2 58
Berlin, Allemagne 62
Cadarache – France 76
Reykjavik, Islande 82
Pause 3 90
Las Vagas, Nevada, Etats-Unis 93
Bodh Gaya, Bihâr – Inde 95
Pause 4 103
Katmandou, Népal 117
Moscou, Russie 121
Mont-Saint-Jean, France 137
Barcelone, Catalogne, Espagne 145
Dernier chapitre 175

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